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Cannes 2018, LVT & co.

#04 : Le cinéma peut-il encore choquer ?

Ce lundi avait lieu la projection officielle de The House that Jack Built, marquant le retour à Cannes de Lars von Trier (hors-compétition).

Le film avait tout pour faire scandale, d'abord parce que c'est le cas de presque toutes les réalisations du cinéaste danois depuis une vingtaine d'années, ensuite parce que l'homme semble prendre un malin plaisir à alimenter les polémiques jusqu'à parfois devoir en payer les frais.

Pour son grand retour, Lars a choisi de nous raconter l'histoire d'un serial killer, au travers de 2h35 de métrage qui s'annonçaient, selon le peu d'information dont on disposait, comme un sommet d'ultra-violence. L'organisation du festival alimentait elle-même la rumeur, avant la projection, par un avertissement à destination des spectateurs sensibles, diffusé sur le programme officiel et sur les billets d'entrée.

Au final, le film, violent et immoral comme il faut, a été reçu dans le calme, voire l'indifférence. Le festivalier aurait-il le cuir tanné, habitué chaque jour à sa dose de viols, d'infanticides, de tortures, d'émasculations et de découpages de tétons ? Alors qu'on en annonce chaque année, cela fait un petit moment qu'un film n'a pas vraiment réussi à faire scandale à Cannes. Si le cinéma n'a peut-être pas fini de choquer, les vieilles recettes de Lars semblent ne plus fonctionner.

Les films de Cannes qu'on a vus

Nos résumés approximatifs des films vus au cours de cette édition 2018...


🇮🇹Heureux comme Lazzaro, de Alice Rohrwacher • 2h05 (Compétition)
Lazzaro est une bonne poire. Sympa, souriant, il vit dans un petit bled italien ou les paysans continuent à être exploités par une marquise. S'ensuit un étonnant récit parabolique sur la bonté.
 
🇯🇵Une Affaire de famille, de Hirokazu Kore-Eda • 2h01 (Compétition)
Pur film koreedesque, d'ailleurs à la croisée de deux de ses meilleurs (Nobody Knows et Still Walking). L’histoire attendrissante de petits délinquants qui essaient de former une famille.

🇫🇷Le Grand Bain, de Gilles Lellouche • 2h02 (Hors Compétition)
Une sorte de Full Monty avec des dépressifs qui font de la natation synchronisée. C'est drôle comme un film avec Philippe Katerine, Benoît Poelvoorde, Virginie Efira et Mathieu Amalric.

🇯🇵Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi • 1h59 (Compétition)
Une fille tombe amoureuse d'un garçon puis de son sosie, puis à nouveau du premier, puis du deuxième, etc. Une romance qu'on situe à mi-chemin entre Sueurs froides et Le Miel et les abeilles.

🇺🇸Blackkklansman, de Spike Lee • 2h08 (Compétition)
Au début des années 1970, un flic afro-américain s’infiltre par téléphone dans le Ku Klux Klan. L’occasion pour Spike Lee de dérouler une comédie policière au sous-texte politique appuyé. Ça se regarde sans déplaisir, mais on espérait beaucoup mieux.

🇩🇰The House that Jack built, de Lars von Trier • 2h35 (Hors Compétition)
Matt Dillon trucide des gens avec application tout en dissertant sur la portée artistiques de ses actes.

🇫🇷En Guerre, de Stéphane Brizé • 1h53 (Compétition)
Succession de longues séquences de réunion, caméra à l'épaule, sans coupe, qui se terminent toutes par Vincent Lindon se fâchant tout rouge. À force, on finit par se lasser.

🇺🇸Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell • 2h19 (Compétition)
Andrew Garfield tombe amoureux d'une fille, juste avant que celle-ci disparaisse mystérieusement. C'est le début d'une longue série de déambulations dans Los Angeles et de digressions plus ou moins vaseuses. Malheureusement, Andrew Garfield n'est pas Joaquin Phoenix.

🇨🇳Un Grand Voyage vers la nuit, de Bi Gan • 2h10 (Un Certain Regard)
Lente rêverie sur le souvenir amoureux. D’abord dérouté par l'intrigue on se laisse peu à peu embarquer jusqu'à un final époustouflant où le personnage principal nous invite à chausser les lunettes 3D pour une heure de plan-séquence en relief.

🇺🇸Solo: A Star Wars Story, de Ron Howard • 2h15 (Hors Compétition)
Western interstellaire sous-exposé avec un gros wookie dedans.

🇫🇷Amin, de Philippe Faucon • 1h30 (Quinzaine des réalisateurs)
Amin travaille dans le BTP en France tandis que sa femme et ses trois enfants sont restés au Sénégal. Sur place il entame une relation avec Emmanuelle Devos. Chronique sensible de l’éloignement familial.

🇪🇸Carmen y Lola, de Arantxa Echevarría • 1h43 (Quinzaine des réalisateurs)
Sur une trame très similaire à Rafiki, vu en début de festival du côté d'Un Certain Regard, deux jeunes femmes tombent amoureuses dans un environnement compliqué ; ici c'est à Madrid dans la communauté gitane.

🇲🇦Sofia, de Meryem Benm'barek • 1h20 (Un Certain Regard)
À cause d'un déni de grossesse, une jeune Marocaine n'a que quelques heures pour faire en sorte que le père reconnaisse l'enfant. Malheureusement la passivité du personnage de la jeune mère plombe un peu l'ensemble.

🇯🇵Mirai ma petite soeur, de Mamoru Hosoda • 1h38 (Quinzaine des réalisateurs)
Ravissante chronique familiale dans laquelle on suit un petit garçon qui, suite à la naissance d'une petite soeur, doit vite apprendre à grandir et faire du vélo. L'animation est splendide et les occasions de verser une petite larme multiples.

Un plan palmé

The Tree of Life, de Terrence Malick  • Palme d'or 2011

Les films de Cannes qu'on n'a pas vus

Nos résumés très approximatifs des autres films projetés au festival...


🇨🇭Chris the Swiss, d'Anja Kofmel • 1h30 (Semaine de la critique)
Documentaire intime, et en partie animé, sur l'étrange destin d'un reporter de guerre.

🇫🇷Les Chatouilles, d'Andréa Bescond et Éric Metayer • 1h43 (Un Certain Regard)
Quand tu crois pouvoir te faire une petite pause détente entre deux films de génocides, tu tombes en fait sur un film sur la pédophilie...

🇫🇷En liberté !, de Pierre Salvadori • 1h47 (Quinzaine des réalisateurs)
À Cannes tu peux légitimement avoir des doutes quand on te dit qu'il faut absoooooolument voir l'austro-hongrois de 3h48 en reprise à La Bocca. Mais quand tout le monde assure qu'un film est drôle, en général c'est vrai.

🇩🇪In My Room, d'Ulrich Köhler • 1h59 (Un Certain Regard)
Apparemment, l'histoire d'un type qui se réveille un matin et constate qu'il n'y a plus de trace de vie humaine sur Terre. Mais comme il y a neuf acteurs au casting, on s'est dit que ça sentait un peu l'arnaque.

🇫🇷La Traversée, de Romain Goupil • 2h19 (Séance spéciale)
50 ans après mai 68, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit sillonnent le pays pour rencontrer les gens. A priori JR n'est pas de la partie, mais restons prudents.

🇨🇳The Pluto Moment, de Ming Zhang • 1h52 (Quinzaine des réalisateurs)
C'est quand même fou que le cinéma des Nuls ait réussi à voyager jusqu'en Chine, non ?

🇫🇷Guy, d'Alex Lutz • 1h41 (Semaine de la critique)
Un jour peut-être les progrès des techniques de maquillage permettront à Alex Lutz d'apparaître à l'écran grimé en Alex Lutz.

🇬🇧Whitney, de Kevin MacDonald • 2h00 (Séance de minuit)
Un documentaire sur l'origine de la célèbre réplique «Houston, on a un problème !»

L'anecdote qui tue

Une magnifique anecdote cannoise, pour vous aider à briller en société...

 
En 1967, Francis Ford Coppola présente un de ses premiers films, Big Boy, en sélection officielle. Au cours de son séjour, il entend des rumeurs selon lesquelles son film est pressenti pour recevoir le « Prix du meilleur nouveau metteur en scène ». Le jeune et fougueux Francis appelle alors toute sa famille pour leur annoncer la nouvelle. Le jour du palmarès, c’est la douche froide : suite à la disqualification d’un des jurés, les cartes sont rebattues, et Francis Ford Coppola doit finalement annoncer à ses proches qu’il repart bredouille. Quand il revient à Cannes en 1974, de nouvelles rumeurs laissent supposer que son film Conversation Secrète obtiendra un prix, mais, fort de sa précédente expérience, il garde sa langue jusqu’à l’annonce du palmarès. Cette année-là, il repartira bien avec une récompense : la Palme d’Or.

La Playlist de Cannes 2018

Une sélection aux petits oignons des meilleurs morceaux entendus dans les films du Festival...


🎶Imagination - So good, so right (Le Grand bain)
C'est une bien belle tracklist que nous propose Gilles Lellouche pour son deuxième film, qui en profite pour ressortir un bon vieux Imagination de son placard à vinyles.

🎶David Bowie - Fame (The House that Jack built)
Le hit funky de David Bowie revient à plusieurs reprises dans le film de Lars von Trier, à tel point qu'on pourrait presque le considérer comme le thème musical du personnage de Matt Dillon.

🎶Cornelius Brothers - Too late to turn back now (Blackkklansman)
Soul et funk des années 70 sont bien évidemment au menu de la bande originale de la comédie d'espionnage vintage de Spike Lee.

🎶Miles Davis - Ascenseur pour l'échafaud (Burning)
Bien qu'il provienne de la BO d'un film de Louis Malle de 1958, on croirait ce morceau composé spécialement pour la scène phare du film de Lee Chang-Dong.

Les jeux énervants

Tous les jours des jeux qui rendent fou pour bien vous énerver...

Cette année, Calmos vous propose de jouer avec les films du Festival de Cannes.
Pour chaque long métrage en compétition, une énigme associée.
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La fin est proche et, pour vous aider, retrouvez ci-dessus une fournée d'indices en vrac !
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Une fois l’énigme résolue, maximisez vos points en le faisant savoir sur les réseaux sociaux.
En effet, plus le nombre de participants ayant tenté de résoudre l’énigme est grand, plus celle-ci rapportera de points.

Rendez-vous samedi 19 pour le bilan !
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