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Forbach et politique...

S01E15 : Rends l'argent

L'injonction aura vaguement égayé la campagne sur les Internets. A l'heure des comptes, tentons de la détourner pour parler de cinéma...

La cinéphilie est un jeu de hasard. Essayez-donc de demander le remboursement de votre ticket en sortant d'un film qui ne vous a pas plu, on vous rira au nez. Les films sont des «biens d'expérience», en ce sens qu'il n'est pas possible d'en connaître la valeur réelle avant de les avoir vus. Aller au cinéma c'est faire un pari, et donc prendre le risque de le perdre.

La démocratie est une sortie ciné à plusieurs. Il s'agit, sans connaissance objective de la qualité réelle des alternatives, de convertir les préférences individuelles de millions d'électeurs en un choix collectif satisfaisant. L'économiste et Prix Nobel américain Kenneth Arrow (décédé il y a quelques semaines) l'a démontré en 1951 : c'est impossible.

Dimanche soir, en face de la soirée électorale, ARTE a le bon goût de diffuser La Porte du Paradis, chef d'œuvre de 3h40 du regretté Michael Cimino. Si l'échec commercial du film a conduit à la faillite du studio United Artists, notons que le cinéaste n'a jamais rendu l'argent.
Jeudi dernier, le Festival de Cannes a dévoilé sa Sélection Officielle. On y reviendra... En attendant les sélections parallèles, aujourd'hui et demain, pensez à cocher la case dans vos préférences pour recevoir la newsletter quotidienne que nous alimenterons pendant tout le Festival (du 17 au 28 mai).

Le film de la semaine

Chaque semaine, notre avis, un peu détaillé sur un nouveau film à l'affiche...

Retour à Forbach, de Régis Sauder - 1h18 • La fiche wikipédia du documentariste français Régis Sauder n'existe (pour le moment) qu'en Allemand. Voilà qui en dit déjà long sur cet enfant de Moselle, qui – c'est dans le titre – rentre chez lui à Forbach quand la petite commune de l'Est où il a grandit cède en 2014 aux sirènes du Front National et fait du "parachuté" Florian Philippot son député européen. Dès lors, le récit intime du cinéaste se mêle à l'histoire politique de la France. On écoute, souvent en off, les témoignages de personnages locaux – la directrice de l'école, la patronne de café, l'ouvrier maghrébin... – qui racontent, un peu résignés, ce mal invisible qui a rongé le pays. Avec un dispositif assez différent, Raymond Depardon recueillait, l'année dernière, l'humeur de la France à travers les conversations d'anonymes dans son documentaire Les Habitants. En montrant qu'il ne faut pas plus d'une journée pour vider une maison qu'on a passé des dizaines d'années à remplir, Sauder a bien sûr en ligne de mire le scrutin national des prochains jours. Mais, loin d'être un pamphlet exalté, le film ressemble plus à un catalogue désolé de problèmes sans solution. Le cinéaste ne revient pas vraiment à Forbach avec l'espoir formel d'un renouveau, comme quand, dans ses films, Michael Moore rentre à Flint. Non, ce qu'il capte ici, c'est une forme de deuil par le vide. Une cité de misère rasée, une maison débarrassée de ses souvenirs, des tours immondes qui se camouflent dans le ciel gris, les vaines nuits de joie de l'Euro de football, qu'on sait soldé par la défaite...

Le reste en bref

Le reste des sorties de la semaine avec nos résumés approximatifs...


🎥 Sous le même toit, de Dominique Farrugia - 1h33 • Une suite de Delphine 1 - Yvan 0, c’est comme une Coupe du Monde, sans Thierry Roland ça n’a pas la même saveur.

🎥 Life - Origine Inconnue, de Daniel Espinosa - 1h44 • Un film qui interroge le bien fondé de la conquête de Mars, soit une violente charge contre le programme de Jacques Cheminade.

🎥 Cessez-le-feu, d’Emmanuel Courcol - 1h43 • Dès l'affiche, on voit bien que Romain Duris va romaindurisser pendant 2h. 

🎥 Mes vies de chien, de Lasse Hallström - 1h41 • Accusée d'avoir noyé un chien sur le tournage, la production a fait appel à des experts indépendants pour noyer le poisson.

🎥 Gold, de Stephen Gaghan - 2h01 • Pas un biopic des interprètes de Capitaine abandonné mais juste l’histoire d’un chercheur d'or. Dommage.

🎥 11 minutes, de Jerzy Skolimowski - 1h21 • Une sorte de Babel sous acide avec un vague sous texte sur la vacuité des images qui prolifèrent.

Un plan parfait

Le Troude Jacques Becker • 1960

Il dit qu'il voit pas le rapport

Et pourtant il y a un lien (et même plusieurs). Le meilleur de l'Internet cinéphile à portée de clic :


- À l’occasion de la diffusion de La Grande vadrouille en version remasterisée, le journaliste Gilles Botineau a déterré un tableau récapitulatif de l’avis des critiques de l’époque, qui rappelle que la presse spécialisée n’a jamais été particulièrement fan des comédies populaires.

- L’année 2016 a été riche en films d’animation indépendants : une sélection illustrée qui donne envie.

- Hans Zimmer ne s’en sort pas trop mal en live, en témoigne cette version d’Inception à Coachella dimanche dernier.

- Vous le savez, on adore les détournements de bandes-annonces : et si Le Silence des agneaux était une comédie romantique ?

- Michel Legrand était récemment l’invité des Grands Entretiens de France Musique. Entre autres anecdotes, il en a notamment profité pour expliquer l’étonnante genèse de la bande originale de L’affaire Thomas Crown, qui lui avait valu son premier Oscar.

- Le British Film Institute a compilé les meilleurs hommages cinéphiles aperçus dans Les Simpsons...

- C'est le moment idéal pour voir (ou revoir) Hollande, DSK, etc., brillant documentaire de Pierre Carles qui analysait en 2012 le comportement des médias en période électorale. Et comme la vie est bien faite, le film est visible dans son intégralité sur son site officiel.

L'inconnu(e) de la semaine

Chaque semaine, la bio d'une personnalité méconnue dégotée dans les tréfonds de Wikipédia.

Joan Harrison a 21 ans lorsqu’elle est engagée par Alfred Hitchcock comme secrétaire. Celui-ci l’affecte rapidement à la lecture des nombreux livres et scénarios qu’il reçoit, puis l’enjoint à participer à l’écriture de ses scripts. Elle est créditée pour la première fois en 1939 pour L’Auberge de la Jamaïque, puis obtient en 1941 deux nominations simultanées aux Oscars pour les scénarios de Rebecca et Correspondant 17. Elle rejoint par la suite MGM, puis Universal, où elle devient, à l'époque, l’une des trois seules femmes d’Hollywood à occuper la fonction de productrice.

That's what they said

Ils en disent des choses les gens du cinéma...

« Après On peut toujours rêver en 1991, Smaïn m’a demandé si je pouvais aider à financer le film de son copain Fabien Onteniente, À la vitesse d’un cheval au galop. J’ai accepté. Je ne connaissais pas très bien Onteniente, qui est venu chez moi à plusieurs reprises avec Smaïn. J’ai bien aimé le film, même s’il n’a pas trop bien marché. Depuis, Onteniente m’en a gardé une reconnaissance éternelle : il ne m’a jamais proposé un rôle dans aucun de ses films, je lui en sais gré. »
– Pierre Richard, Je sais rien mais je dirai tout - 2015

Chabada-bada

Le meilleur de la musique entendue au cinéma compilé dans une playlist Spotify...


🎶 Gold • Iggy Pop offre au film de Stephen Gaghan un titre original qui évoquerait presque plus les plaines de l’Ouest américain que la jungle indonésienne.

🎶 Mes vies de chien • Quoi de mieux pour illustrer les aventures d’un gentil petit chien qu’une gentille bande originale de l’oscar-winner Rachel Portman ?

🎶 Life • Jon Ekstrand, compositeur attitré de Daniel Espinosa, propose une belle musique d’espace que l’on sent très influencée par les productions récentes en la matière (Interstellar, Gravity…).
 

Le rébus énervant

On vous quitte avec ça, réponse dans une semaine...

Solution de la semaine précédente : Patrick Dewaere (Patriiiiick ! Deux verres.)

A jeudi prochain, si vous le voulez bien...
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