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Les Flux présentent

L'édito de Cluclu

En tant que femme, il n'est pas naturel pour moi de chercher à m'attribuer du crédit pour mes idées, mes actions ou mes analyses. En tant que militante, je tiens à placer la transmission, le partage et l'entraide au cœur de mon travail. Mais en tant que féministe, je veux aujourd'hui prendre un instant pour apprécier ce travail entrepris depuis plus de trois ans. Notre engagement a de la valeur, et nous nous devons à nous-mêmes de le reconnaître et de le valoriser. C'est aussi prendre la responsabilité de notre discours et permettre à chacun.e de le situer, de s'en nourrir ou de le critiquer. Il n'est alors pas question de prétention mais d'honnêteté. 
Pour le célébrer nous vous proposerons d'ailleurs une petite soirée d'anniversaire un peu en retard, pour se rencontrer dans un cadre un peu plus festif ! Ça se passera le 17 janvier à Paris, abonnez-vous à nos réseaux sociaux pour ne rien louper :)
 
DANS CE NUMÉRO :
1.
C'est quoi une doula ?
2. Accouchement, les femmes méritent mieux
3. La Boutique de ma chatte est toujours ouverte !
4. Revue de presse et agenda

C'est quoi une doula ?

 

En mai dernier, j’ai été conviée à la Journée des doulas pour parler d’autogynécologie. Quand j’ai commencé à m’intéresser au self-help en gynécologie j’ai rapidement rencontré le terme de "doula", notamment dans des textes américains mais aussi en France, lors de la mobilisation contre les violences gynécologiques.

Sur le site de Doulas de France, on trouve un historique du mot "doula". Bien que cette fonction soit endossée depuis bien longtemps par des femmes, le mot est relativement récent. Il désigne une ou plusieurs femmes, elles-mêmes mères, venant soutenir la femme dans les tâches domestiques pendant la grossesse et après la naissance. Le mot est utilisé à partir des années 1980 aux États-Unis pour désigner les personnes qui offrent un soutien aux mères, pour l’accouchement et l’allaitement notamment. Il est également utilisé dans le cadre de l’accompagnement de la fin de vie. En France, c’est seulement dans les années 2000 que des femmes, formées principalement à l’étranger, se retrouvent et se fédèrent autour de cette pratique.

En mars 2017, Marjorie Roux, doula depuis 2016, avait notamment organisé une soirée débat à ce sujet avec Mélanie Déchalotte et Martin Winckler. Aukan, de l’équipe des Flux, en était revenue enthousiasmée des rencontres qu’elle y avait faites. Pourtant, les doulas étaient toujours associées dans mon esprit à un féminisme très essentialiste, incarné par la figure un peu vieillotte d’une femme qui place la maternité au cœur de l’existence de toutes les femmes. Le cliché en a pris un coup lorsque j’ai assisté, le jour de ma prise de parole, à l’intervention très riche de deux doulas abordant explicitement les questions d’avortement, de transidentité, de familles queer et de racisme pour les intégrer à leur pratique.

C’est parce que je me suis finalement sentie particulièrement à ma place au cours de ces quelques heures passées à la Journée des doulas que j’ai eu envie de m’entretenir plus longuement avec Marjorie pour vous présenter cette activité. “Le métier de doula consiste à accompagner et à soutenir émotionnellement la femme et son entourage proche pendant la grossesse, durant l’accouchement et au retour à la maison”, m’explique-t-elle. La doula écoute et partage beaucoup de sujets intimes, est là pour soutenir les femmes et les couples, les aider à appréhender la grossesse, l’accouchement et l’arrivée d’un bébé mais aussi parfois pour les aider à se remettre d’une expérience traumatisante. Elle apporte de l’information et sème des graines pour aborder ces événements de la façon la plus positive possible et autrement que sous la forme ultra-médicalisée que peuvent nous proposer les professionnel.le.s de santé hospitalier.ère.s.

Les doulas proposent donc un accompagnement non-médical, elles ne font pas de diagnostic, ne dispensent pas de soins et ne sont que très rarement admises en salle de naissance (alors qu’elles pourraient être une solution au manque de moyens et d’accompagnement à l’hôpital). Évidemment, mon approche ancrée dans le self-help m’a poussée à m’interroger : pourquoi ce rôle de soutien ne pourrait-il pas être tenu par la famille et les proches, pourquoi faut-il le professionnaliser ? Selon Marjorie, aujourd’hui les femmes ne sont jamais autant isolées, du fait des politiques de congés maternité, paternité et parental, que lorsqu’elles sont enceintes ou très jeunes mères, et c’est face à cette demande des mères et des couples que les doulas se sont organisées.

Marjorie est devenue doula suite à la naissance de ses filles, quand sa propre expérience et ses lectures (Martin Winckler notamment) l’ont sensibilisée au bouleversement que représentait la venue d’un enfant et les violences petites ou grandes auxquelles sont confrontées les femmes dans le milieu hospitalier. Cela a allumé chez elle une petite flamme militante lui donnant envie de permettre à chacun.e de connaître ses droits, de faire de vrais choix et de s’armer face aux violences gynécologiques, dans un esprit de sororité et de transmission.

Pour autant toutes les doulas n’ont pas la même approche de cette profession et ce n’est pas le militantisme que Marjorie met au cœur de son accompagnement. Il ne s’agit pas d’effrayer les futurs parents mais de les informer au mieux, il ne s’agit pas de partir en guerre au risque de rompre le lien entre les professionnel.le.s de santé et les couples en salle de naissance et il est parfois nécessaire de mettre le militantisme en sourdine et de faire la différence entre accompagnement et engagement théorique. Toutes les doulas ne mettent pas non plus au centre de leur approche homoparentalité, IVG ou PMA bien que ces sujets aient été abordés lors de la Journée des doulas.

Il existe une charte encadrant les pratiques des doulas, signée par les membres de l’association Doulas de France dont fait partie Marjorie, mais les doulas formées à l’étranger ou ne voulant pas respecter cette charte ne sont pas tenues de la signer et de la respecter. Le respect de cette charte a toutefois pour but de contribuer à l’acceptation du métier des doulas, à faire reconnaître leur formation, leurs compétences et leur rémunération, afin que leurs revendications (notamment au sujet de l’accompagnement en salle de naissance) soient entendues et reconnues par les pouvoirs publics. Les femmes ayant signé cette charte figurent dans l’annuaire de l’association Doulas de France, mais grâce au bouche-à-oreille vous pourrez entendre parler d’autres professionnelles compétentes.

Contrairement aux idées reçues, faire appel à une doula n’est pas réservé qu’à un public de privilégié.e.s. Femmes qui veulent un accompagnement particulier, couples déçus par un premier suivi, familles aisées ou qui n’ont pas un rond, l’accompagnement par une doula est accessible à tou.te.s et parfois moins coûteux que l’achat d’une poussette dernier cri pas forcément indispensable. Les doulas proposent des tarifs adaptés, peuvent accepter du troc ou d'être payées une fois que le couple a reçu l’allocation naissance. Marjorie propose à certains couples des tarifs plus élevés et cela lui permet de suivre d’autres couples pour moins cher. De plus, la possibilité de rémunérer votre doula en chèques emploi-service permet des abattements d’impôts et rend ce suivi plus accessible.

J’ai voulu clore cet entretien en demandant à Marjorie quelle était selon elle la cohérence entre mon intervention concernant le self-help  et le métier de doula. Elle m’a répondu sans hésitation : “Ça coule de source car le métier de doula comme le self-help et l’autogynécologie ouvrent les portes de la reprise du pouvoir sur soi-même.” C’est un point de vue que je rejoins et un beau programme qui nous attend !


Marjorie Roux et Cluny, édité par Nirnou

Cluny Braun lors de sa présentation à la Journée des doulas 

Accouchement : les femmes méritent mieux

Autrice du blog de référence sur la grossesse et l’accouchement Marie accouche là, Marie-Hélène Lahaye a récemment publié un essai qui fait le point sur l’accouchement aujourd’hui : étayant son propos de multiples études scientifiques et recommandations d’instances de santé, elle démontre en quoi l’accouchement tel qu’il est pratiqué aujourd’hui à l’hôpital est un espace-temps dans lequel sont susceptibles de se dérouler d’incroyables violences, que les femmes ne questionnent plus vraiment tant nous avons intégré que c’était comme ça - en étant allongées, passives et obéissantes - que nous devions accoucher - ou plutôt, être accouchées. Pour provoquer cette prise de conscience, Marie-Hélène Lahaye n’y va pas de main morte, n’hésitant pas par exemple à utiliser le vocabulaire de la torture - en parlant notamment d’ « éventration » pour les césariennes pratiquées à vif - pour montrer à quel point l’accouchement est plus que jamais un moment où la domination masculine s’exerce. La lecture de cet ouvrage est difficile mais indispensable, notamment aux personnes enceintes qui désirent arriver armées le jour J : quand arrivera le moment de donner naissance à notre enfant, non, nous ne serons pas passives, nous ne seront pas accouchées, et nous n’accepterons surtout pas qu’un médecin nous laisse entendre que notre corps est incapable de donner naissance.

Marie-Hélène Lahaye, Accouchement : les femmes méritent mieux, éditions Michalon, 2018


Britney Fierce
LA BOUTIQUE DE MA CHATTE EST TOUJOURS OUVERTE !



La planche de tatouages éphémères dessinés par Deborah Pinto, l'illustration de Pavina et le t-shirt brodé par It Fils Good vous attendent toujours
ici. Le pin's clitoris est en rupture de stock mais un réassort est prévu d'ici quelques semaines et pour les Parisien.ne.s, il se pourrait même qu'on puisse vous les vendre en chair et en os lors de notre anniversaire le 17 janvier...

L'ensemble des revenus de la boutique seront utilisés pour continuer à financer l'envoi de la newsletter, le matériel pour les ateliers et autres menues dépenses que nous serons amenées à faire. 

Revue de presse et agenda

Rougir sans honte

Rougir sans honte est un projet ambitieux d'une série webdocumentaire sur les règles en Europe. Pour participer à la campagne de crowdfunding qui permettra au projet de se réaliser, c'est ici, et pour voir le premier épisode, c'est .
 

28 jours

La vague de productions audio, visuelles, écrites, autour des règles ne décroît donc pas, et c’est tant mieux. 28 jours est un documentaire de 30 minutes qui souhaite raconter l’histoire des règles. J’ai été un peu gênée par la mise sur le même plan des différents propos : on passe du témoignage aux propos d’une naturopathe comme à ceux d’un médecin ou d’une essayiste, et j’ai trouvé difficile parfois d’identifier ce qui relève de l’opinion ou du fait. La recherche esthétique en fait un bel objet et probablement un bon outil de communication autour des règles. 

La Menstruelle

La Menstruelle est un nouveau podcast consacré aux règles ! Il est animé par six femmes qui ont déjà réalisé deux épisodes. À travers leurs expériences personnelles et leurs points de vue, elles participent à nourrir la conversation à propos des règles et du cycle menstruel. C’est le podcast à recommander aux personnes qui découvrent les enjeux féministes et écologiques des règles.
 

Deuxième page

Le mois dernier, Deuxième page nous a proposé de faire une sélection de livres pour la rentrée. Elle est à retrouver ici, et n'hésitez pas à consulter les listes des autres militantes !
La Newsletter de ma chatte est une initiative féministe pour la réappropriation
des savoirs médicaux sur les cycles menstruels, les règles et la vulve,
co-écrite par Cluny Braun et Britney Fierce. 

Les illustrations de la Newsletter de ma chatte (hors contenu image des articles)
ont été réalisées par Oriane Juster et le design par Émeline Ancel-Pirouelle.

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