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Les Flux présentent

L'édito de Cluclu

Le 18 octobre 2016, nous envoyions la première Newsletter de ma chatte à nos 85 premièrEs abonnéEs ! Trente-six lettres plus tard, vous êtes un peu plus de 3000 à nous suivre et nous avons parfois du mal à y croire. En soufflant nos bougies, nous faisons le vœu de continuer à vous écrire encore longtemps !
Ce mois-ci, nous vous proposons trois articles tirés de nos archives, pour vous inciter à aller lire ou relire le contenu des précédentes newsletters, en ligne sur notre site.

Nous avons également le plaisir de vous inviter à une soirée ciné ! Le mardi 5 novembre le cinéma La Clef projettera deux films autour des droits reproductifs des femmes et du self-help : Y'a qu'à pas baiser de Carole Roussopoulos et un court-métrage inédit contemporain en présence de l'équipe du film. Les films seront suivis d'une discussion à laquelle nous participerons. Plus d'infos ici
En novembre, nous serons également au festival Sang Rancune le samedi 16.
Enfin, nous vous proposons un atelier d'auto-observation à Bordeaux le 10 novembre.
Et pour vous aider à retenir ces dates, nous avons ajouté un petit calendrier sur le site !
DANS CE NUMÉRO :
1. [Best of] DIY : retirer son DIU

2. [Best of] Octobre rose
3. [Best of] Le Journal de ta chatte
4. Atelier à Bordeaux
5. Revue de presse et agenda

DIY : retirer son DIU

Le dispositif intra-utérin a longtemps été appelé à tort "stérilet" car on le pensait responsable de stérilité. Il en existe deux types, au cuivre ou hormonal, qui ont des modes d'action différents. Le taux d'efficacité pratique pour ces modes de contraception sont respectivement de 99.2% et 99.8%. Malgré les recommandations de la HAS, beaucoup de médecin.e.s refusent encore en France d'en poser aux nullipares. Les personnes qui témoignent aujourd'hui ont su trouver un praticien.ne qui a accepté de le leur poser. Pourtant, pour des raisons variables, elles ont ressenti le besoin ou l'envie d'en changer, et plus précisément encore, elles ont choisi de l'enlever seules. Précisons qu'un des avantages de faire retirer son DIU par un.e soignant.e est que vous pouvez vous en faire poser un nouveau immédiatement après, au sein de la même consultation.
C’est après une énième période de règles qui ont duré 8 (huit) jours que j’ai décidé de retirer mon DIU cuivre. Sans compagnon ni même relations sexuelles régulières, je ne voyais plus tellement d'avantages à garder ce petit machin en moi, d’autant que j’avais parfois l’impression qu’il était un peu descendu et que la sensation me gênait. C’est armée du spéculum offert par Cluny Braun, d’un miroir et de la lampe torche de mon portable que je suis partie en exploration dans ma cavité vaginale. Je savais à peu près quoi y trouver : grâce à la cup et à la vérification régulière des fils du DIU - ces mêmes fils dont je devais me saisir pour le récupérer -, j’avais une image mentale assez précise de l’ensemble. Me voici donc en position gynécologique classique, en train d’essayer de trouver le bon angle entre visibilité et accessibilité. Je me rends très vite compte que mes doigts (soigneusement lavés) ne suffiront pas, ils n’ont pas l’accroche nécessaire et les fils ne sont pas assez longs pour que je puisse les enrouler autour. Je réfléchis à un accessoire qui pourrait m’aider, une sorte de pince… Mon regard se pose sur ma pince à épiler, sur ma table de chevet. Bon, eh bien allons-y. Je retire le spéculum, m’empare de la pince, fonce à la salle de bain pour les laver et les désinfecter, puis me réinstalle. Cette fois-ci, c’est la bonne, les fils sont saisis et j’expire profondément en tirant le tout. Je gardais le souvenir de l’insertion, pénible, et espérais sincèrement ne pas souffrir autant, tout en flippant de ne pas réussir à le sortir entièrement. Ce fut finalement l’histoire de quelques secondes et d’une sensation plus étrange que douloureuse dans le col de l’utérus. Étonnant qu’un si petit truc, le mien étant une version mini pour nullipares, puisse avoir autant de pouvoir. Il est depuis, propre, sur ma table de chevet. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire, je préférerais le monter en pin’s pour l’accrocher à côté du clitoris de “La boutique de ma chatte” plutôt que le jeter !
Goodbye DIU, j’ai bien aimé ne pas avoir à me soucier de toi, mais des règles d’une semaine, c'était trop cher payé pour ça...

Marion
Ça faisait un moment que j’y pensais. L’idée de continuer à m’infliger un bout de plastique dans le ventre pour permettre à mon mec d’éjaculer en paix me plaisait de moins en moins, mais je n’avais pas envie de me retrouver à gérer tous les mois l’attente de mes règles, l’angoisse d’une grossesse et la descente paniquée à la pharmacie d’en bas pour un énième test (négatif).

Depuis que je l’avais - environ trois ans, j’étais plus tranquille, mais mes règles étaient quand même bien plus douloureuses. Une sorte de pointe de douleur aiguë qui s’ajoutait aux contractions et me rappelait périodiquement la présence de ce petit corps étranger que j’avais eu tant de peine à obtenir. C’est que pour en trouver, une gynéco qui accepte de me le poser, j’en avais connu des galères, des menaces, des refus. Classique, apparemment, puisque je suis "nullipare". Moi je le comprends comme : t’as pas d’enfant ou t’en veux pas, t’es trop nulle pour accéder à la sérénité. Démerde-toi avec la pilule ou le retrait, petite traînée. "Nullipare", sérieux, faut vraiment être médecin pour inventer des mots comme ça… Bref, ça m’avait un peu vexée, cette histoire. Du coup, mon stérilet, c’était comme ma première victoire féministe, mon premier doigt d’honneur à la médecine. Je me sentais vaguement coupable d’en avoir marre de lui, des règles longues et douloureuses et de me rendre compte que c’était surtout mon mec qui l’avait gagnée, la sérénité.

Puis un jour, j’ai plus eu de mec. Et ça m’arrivait de moins en moins de coucher avec eux, les mecs. Et puis toujours avec des capotes. Ou alors sans coït (ouais, moi aussi je pensais que c’était obligé ; en fait il s’avère que non, mais c’est un autre sujet). Donc mon stérilet, finalement, devenait plutôt inutile et un peu agaçant et je me disais que ce serait bien de m’en débarrasser. Mais les rendez-vous gynéco (je me disais « plus jamais »), trouver une sage femme bien, prendre rendez-vous, payer la consult’,  la flemme.

Je sais plus exactement comment ça s’est fait mais je me souviens - l’ai-je lu quelque part ? entendu de la bouche d’une fille ? je ne sais plus - je me souviens d’une anecdote qui racontait qu’une sage-femme s’était étonnée que les patientes consultent pour retirer un DIU, "parce qu’en fait, il suffit de tirer dessus". Ça m’avait vachement marquée cette histoire, parce que moi non plus il ne me serait jamais venu à l’esprit de m’autoriser, de me sentir le droit, de toucher à quelque chose qu’une blouse blanche avait inséré dans mon corps… C’était même pas de la peur de mal faire, ou de me faire mal (de toute façon ça m’avait fait un mal de chien, la pose). C’était plutôt l’idée bizarre que mon utérus n’était pas de mon ressort. Hors de mon champ de compétence, en quelque sorte. Alors cette histoire de tirer dessus, autant vous dire que ça m’a fait un drôle de truc, et que c’est resté un petit moment dans un coin de ma tête.

J’ai fait quelques recherches mais j’ai pas trouvé grand chose. Quelques filles qui disaient l’avoir fait aussi, mais rien qui rassure ou qui montre que c’était une pratique courante. Beaucoup de commentaire interloqués, alarmistes ("tu risques la septicémie, la peste, le choléra…"). J’ai écumé des sites de matériel médical pour voir s’il fallait une pince spéciale pour tirer les fils (j’avais peur qu’ils soient trop courts, car j’avais demandé à ce qu’ils soient recoupés), mais rien. Ou alors super cher et un peu flippant genre matériel de torture médiévale. Et puis mes règles sont revenues, avec encore cette sensation d’éviscération tranquille.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, ce jour-là en particulier, j’ai décidé que c’était assez. Je me rappelle que j’étais vénère - mais aussi assez flippée. Je suis rentrée chez moi, je me suis mise dans ma douche, accroupie. J’ai lavé mes mains au savon gynéco, et j’ai essayé de trouver les fils. Comme c’était le premier jour de mes règles, mon col était très bas et j’ai saisi très facilement les fils entre l’index et le majeur. J’ai tiré doucement dessus et j’ai senti le stérilet qui venait. Au passage du col ça m’a fait comme une décharge, ou un grand pincement dans le ventre. Vraiment pas agréable. De surprise, j’ai lâché les fils, mais la douleur - le stériletdevait être coincé au milieu du col - m’a poussée à me ressaisir tout de suite. Je les ai rattrapés et j’ai continué à tirer doucement, mais fermement cette fois, bien décidée à en finir. Je pense que ça n’a pas duré plus de trois secondes en tout. Et finalement, il est tombé dans le bac à douche, avec un peu de sang, rapidement emporté par l’eau chaude.

Je ne sais pas si c’est l’adrénaline ou la fierté, mais la douleur est partie presque instantanément. J’ai l’ai gardé pour m’en faire une boucle d’oreille. Et j’ai presque hâte de retourner chez la médecin avec.

Sally


Propos recueillis par Cluny

Octobre rose

Quand on croise les questions de féminisme et de santé, on s’aperçoit vite que chez les progressistes comme chez les réactionnaires, il semble difficile de penser les femmes comme des personnes capables de réfléchir, d’agir et d’avoir la maîtrise de leur corps.

Nous avons pu lire ces dernières semaines des accusations plus ou moins voilées à l’égard des pratiques de soin dites alternatives, souvent assimilées à un retour rétrograde “ à la nature”, ou à recul obscurantiste. Souhaiter une contraception non-hormonale, reprendre de l’autonomie sur la pratique de l’IVG, chercher à soulager des douleurs de règles : tout cela ferait de nous des mauvaises féministes insultant Simone Veil ou encore des imbéciles sous la coupe des fake med. Il est difficile de savoir si ces accusations sont le fait de l’ignorance ou de la mauvaise foi. Il est particulièrement insupportable qu’on exige des patientEs qu’elles fassent de l’evidence-based medicine (médecine fondée sur la preuve) quand les institutions médicales françaises (les universités et l’INCa par exemple) la respectent si peu. S’il est évident que la consommation de soin comme de médicaments mérite d’être questionnée, on ne peut le faire sans la resituer dans le contexte plus général des pratiques de prescription comme du fonctionnement capitaliste de l’industrie pharmaceutique.

Le dépistage du cancer du sein illustre bien ce paradoxe, qui ressemble fort à un piège tendu aux patientEs : imprudentEs si elles ne font pas de dépistage, imbéciles si elles suivent les campagnes de communication. Quelques éléments pour alimenter vos réflexions et vous aider à défendre votre choix en tant que patientEs, quel qu’il soit :

  • Le dépistage systématique par mammographie proposé aux femmes de plus de 50 ans ne permet pas de réduire la mortalité par cancer du sein et il provoque des sur-diagnostics et des sur-traitements.
  • La glamourisation et le sexisme des illustrations nous fait grincer des dents et nous interroge : le cancer ne toucherait-il que des femmes jeunes, belles, blanches, hétérosexuelles, féminines et souriantes ?
  • On a parfois du mal à comprendre le bénéfice des multiples événements et campagnes de communication au cours du mois d’octobre. Vous saviez que c’est même de là que vient le terme de pinkwashing ?

Du coup, faut-il ou ne faut-il pas se (faire) palper les seins ? Déjà, il faut bien admettre qu’on ne nous donne pas vraiment le choix. Il est difficile d’échapper à la palpation des seins lors d’une consultation gynécologique et on est déjà bien contentEs quand le ou la soignantE ne nous demande pas d’enlever “le haut et le bas” en même temps. Pourtant il semblerait que la palpation comme l’autopalpation n’aient pas encore fait la preuve de leur intérêt pour le dépistage du cancer. Dommage pour les tutoriels sympathiques ?

Si la conclusion la plus evidence based-medecine serait : pas de dépistage en l’absence de “changements anormaux”, c’est oublier un peu vite qu’en matière de corps et de santé, la question de la normalité n’est pas anodine. C’est un réel enjeu féministe.
En tant que patientEs nous ne sommes pas habituéEs à pouvoir prendre conscience, déterminer et formuler “ce qui ne va pas” dans notre corps. Au contraire, nos expériences corporelles, que ce soit dans la santé, la sexualité ou la vie quotidienne, s’enracinent dans tout un système de mise en doute de nos perceptions et d’invisibilisation de nos sensations (“c’est dans la tête”, “mais non ça ne fait pas mal”, “il faut souffrir pour être belle”…). Encore davantage quand il s’agit de nos seins ou de nos vulves qui sont là, on l’a bien compris, pour le regard et le bénéfice des hommes ou des enfants qu’on est censéEs mettre au monde. Ainsi, parler de santé des seins sans prendre en compte le mécanisme d’hypersexualisation et de mise à distance (être torse nu pour une femme, ou allaiter est impudique, voire illégal) dans lequel les patientEs  sont prisEs revient à les soumettre à des injonctions contradictoires et contre-productives.

Difficile donc, en tant que patientEs, de déterminer ce qui relève du normal ou de l’anormal, sans un vrai travail d’apprentissage et de réappropriation de son corps. Dans une société qui nous apprend que nos corps sont difformes, sales, pathologiques, apprendre et comprendre quand “ça ne va pas” demande du temps, de l’échange et une vraie pratique. Pour nous, c’est en cela que l’auto-santé est utile et que l’autopalpation prend son tout sens : toucher sa poitrine, l’observer, l’apprécier et y prendre même du plaisir sont autant de gestes qui nous rendent capables de détecter des changements de texture ou de forme. C’est avant tout une manière de se connaître et de prendre soin de soi. C’est aussi un moyen de se rendre autonome et capable de répondre à la question “y a-t-il eu un changement dernièrement ?” quand unE soignantE nous la pose. Ce n’est ni une pratique de défiance face la médecine, ni une démarche de diagnostic, c’est une routine simple, au même titre qu’observer ses pertes vaginales ou l’état de ses dents, proche du self care.

Quand on parle de santé, il vaut donc mieux se garder de réduire la question à des chiffres, des conclusions épidémiologiques ou de santé publique. Ce n’est pas la seule manière de comprendre le soin et nous avons encore beaucoup à apprendre de pratiques féministes, pourtant vieilles de plusieurs décennies.



Salomé et Cluny

Le Journal de ta chatte

Tu te demandes comment tu as fait pour rater les derniers épisodes du Journal de ta chatte ? Nous aussi ! Mais nous avons la solution, abonne-toi à notre chaîne youtube. Si tu as des suggestions ou que tu as envie de participer, tu peux aussi nous contacter à contact@lesflux.fr :) 

Épisode 1 : Salomé et Zora - Le SOPK
Épisode 2 : Eva - Accoucher à domicile
Épisode 3 : Manoumi - La PMA à l'étranger
Épisode 4 : Sarah - Le don d'ovocytes


Cluny et Lisa

Prochains ateliers d'auto-examen


Le prochain atelier d'auto-examen se déroulera à Bordeaux :
- le dimanche 10 novembre

Plus d'infos sur les ateliers ici.

Revue de presse et agenda

Sang Rancune #2

Le 16 novembre prochain aura lieu la deuxième édition du festival Sang Rancune, organisé à Paris par Cyclique. La veille, le vendredi soir, nous vous proposons un atelier d'auto-observation et le samedi nous tiendrons un stand sur place. Toutes les infos ici !

Im/patiente

Im/patiente, le podcast sur le cancer du sein, reprend en novembre. Nous avons l'honneur d'avoir une petite place dans le prochain épisode !
La Newsletter de ma chatte est une initiative féministe
pour la réappropriation des savoirs gynécologiques,
co-écrite par Cluny Braun et Britney Fierce. 

Les illustrations de la Newsletter de ma chatte (hors contenu image des articles)
ont été réalisées par Oriane Juster et le design par Émeline Ancel-Pirouelle.

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