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Les Flux présentent

L'édito de Cluclu

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle et les campagnes sexistes contre le cancer du sein aussi : oui, on est en octobre ! Ce mois-ci, on essaie de naviguer entre les recommandations sur le dépistage du cancer, l'obligation de la palpation et les conseils sur l'autopalpation. Les Flux sont désormais aussi sur Instagram, et pour l'occasion on vous propose une sélection de cinq comptes à suivre, en plus du nôtre, bien entendu. Ce n'est pas la première fois qu'on parle de Marion Coville dans la Newsletter de ma chatte, c'est parce qu'on trouve toujours ses analyses passionnantes. Dans son texte "Rendre visible le corps et ses douleurs", j'ai retrouvé beaucoup de mon propre parcours et et de mes stratégies. 
Bonne lecture !
DANS CE NUMÉRO :
1. Octobre Rose
2. Cinq comptes instagram qu'on aime 
3. Rendre visible le corps et ses douleurs
4. Prochains ateliers
5. Revue de presse et agenda

Octobre Rose

Quand on croise les questions de féminisme et de santé, on s’aperçoit vite que chez les progressistes comme chez les réactionnaires, il semble difficile de penser les femmes comme des personnes capables de réfléchir, d’agir et d’avoir la maîtrise de leur corps.

Nous avons pu lire ces dernières semaines des accusations plus ou moins voilées à l’égard des pratiques de soin dites alternatives, souvent assimilées à un retour rétrograde “ à la nature”, ou à recul obscurantiste. Souhaiter une contraception non-hormonale, reprendre de l’autonomie sur la pratique de l’IVG, chercher à soulager des douleurs de règles : tout cela ferait de nous des mauvaises féministes insultant Simone Veil ou encore des imbéciles sous la coupe des fake med. Il est difficile de savoir si ces accusations sont le fait de l’ignorance ou de la mauvaise foi. Il est particulièrement insupportable qu’on exige des patientEs qu’elles fassent de l’evidence-based medicine (médecine fondée sur la preuve) quand les institutions médicales françaises (les universités et l’INCa par exemple) la respectent si peu. S’il est évident que la consommation de soin comme de médicaments mérite d’être questionnée, on ne peut le faire sans la resituer dans le contexte plus général des pratiques de prescription comme du fonctionnement capitaliste de l’industrie pharmaceutique.

Le dépistage du cancer du sein illustre bien ce paradoxe, qui ressemble fort à un piège tendu aux patientEs : imprudentEs si elles ne font pas de dépistage, imbéciles si elles suivent les campagnes de communication. Quelques éléments pour alimenter vos réflexions et vous aider à défendre votre choix en tant que patientEs, quel qu’il soit :
  • Le dépistage systématique par mammographie proposé aux femmes de plus de 50 ans ne permet pas de réduire la mortalité par cancer du sein et il provoque des sur-diagnostics et des sur-traitements.
  • La glamourisation et le sexisme des illustrations nous fait grincer des dents et nous interroge : le cancer ne toucherait-il que des femmes jeunes, belles, blanches, hétérosexuelles, féminines et souriantes ?
  • On a parfois du mal à comprendre le bénéfice des multiples événements et campagnes de communication au cours du mois d’octobre. Vous saviez que c’est même de là que vient le terme de pinkwashing ?

Du coup, faut-il ou ne faut-il pas se (faire) palper les seins ? Déjà, il faut bien admettre qu’on ne nous donne pas vraiment le choix. Il est difficile d’échapper à la palpation des seins lors d’une consultation gynécologique et on est déjà bien contentEs quand le ou la soignantE ne nous demande pas d’enlever “le haut et le bas” en même temps. Pourtant il semblerait que la palpation comme l’autopalpation n’aient pas encore fait la preuve de leur intérêt pour le dépistage du cancer. Dommage pour les tutoriels sympathiques ?

Si la conclusion la plus evidence based-medecine serait : pas de dépistage en l’absence de “changements anormaux”, c’est oublier un peu vite qu’en matière de corps et de santé, la question de la normalité n’est pas anodine. C’est un réel enjeu féministe. 
En tant que patientEs nous ne sommes pas habituéEs à pouvoir prendre conscience, déterminer et formuler “ce qui ne va pas” dans notre corps. Au contraire, nos expériences corporelles, que ce soit dans la santé, la sexualité ou la vie quotidienne, s’enracinent dans tout un système de mise en doute de nos perceptions et d’invisibilisation de nos sensations (“c’est dans la tête”, “mais non ça ne fait pas mal”, “il faut souffrir pour être belle”...). Encore davantage quand il s’agit de nos seins ou de nos vulves qui sont là, on l’a bien compris, pour le regard et le bénéfice des hommes ou des enfants qu’on est censéEs mettre au monde. Ainsi, parler de santé des seins sans prendre en compte le mécanisme d’hypersexualisation et de mise à distance (être torse nu pour une femme, ou allaiter est impudique, voire illégal) dans lequel les patientEs  sont prisEs revient à les soumettre à des injonctions contradictoires et contre-productives.

Difficile donc, en tant que patientEs, de déterminer ce qui relève du normal ou de l’anormal, sans un vrai travail d’apprentissage et de réappropriation de son corps. Dans une société qui nous apprend que nos corps sont difformes, sales, pathologiques, apprendre et comprendre quand “ça ne va pas” demande du temps, de l’échange et une vraie pratique. Pour nous, c’est en cela que l’auto-santé est utile et que l’autopalpation prend son tout sens : toucher sa poitrine, l’observer, l’apprécier et y prendre même du plaisir sont autant de gestes qui nous rendent capables de détecter des changements de texture ou de forme. C’est avant tout une manière de se connaître et de prendre soin de soi. C’est aussi un moyen de se rendre autonome et capable de répondre à la question “y a-t-il eu un changement dernièrement ?” quand unE soignantE nous la pose. Ce n’est ni une pratique de défiance face la médecine, ni une démarche de diagnostic, c’est une routine simple, au même titre qu’observer ses pertes vaginales ou l’état de ses dents, proche du self care. 

Quand on parle de santé, il vaut donc mieux se garder de réduire la question à des chiffres, des conclusions épidémiologiques ou de santé publique. Ce n’est pas la seule manière de comprendre le soin et nous avons encore beaucoup à apprendre de pratiques féministes, pourtant vieilles de plusieurs décennies.


Salomé (retrouvez-la sur twitter) & Cluny 

Cinq comptes Instagram qu'on aime

Vous pouvez maintenant nous retrouver sur Instagram ! Nous y relaierons certains articles des newsletters, les dates des ateliers, mais aussi du contenu inédit et bientôt les coulisses de la préparation de notre deuxième collection pour la Boutique de ma chatte ! Avec Lisa et Britney, qui animent avec moi le compte, on s'est dit que c'était l'occasion de vous faire une petite sélection des comptes qu'on aime suivre ! 
STEPHANIE SARLEY

Stéphanie Sarley est une artiste américaine reconnue et son travail vous dit probablement quelque chose, elle est largement suivie sur Instagram. Sur la plateforme, elle continue à partager ses courtes vidéos évocatrices à partir de fruits. De l'une à l'autre, on passe de la fascination à la répulsion, et parfois, même, on rit.
 
SPM TA MERE

Le tout récent compte est consacré aux témoignages sur le syndrome pré-menstruel, l'ensemble de ces signes désagréables qui annoncent l'arrivée plus ou moins imminente des règles.
 
EMPOWERED BIRTH PROJECT

Sur empoweredbirthproject, l'Américaine Katie Vigos relaie des vidéos d'accouchement et réussit l'exploit de ne pas être censurée par Instagram. Si les plans serrés sur les vulves au moment de l'expulsion des fœtus peuvent être déstabilisants, c'est l'occasion de se demander pourquoi ce sont des images si rares.
 
HANNAH DAISY


Hannah Daisy est illustratrice et j'adore ses vignettes de "boring self care", l'ensemble des petits gestes qui nous demandent parfois de gros efforts au quotidien.
HABITUAL BODY MONITORING

La Danoise Maja Malou Lyse est une artiste et une activiste prolifique : organisation d'ateliers d'auto-observation, livestream de son col de l'utérus, collaborations avec sa compatriote Arvida Byström, sessions de questions-réponses sur la sexualité irl ou sur tumblr... C'est aussi la queen du selfie et une inspiration quotidienne pour nous toutes. 


Cluny, Liso et Britney

Rendre visible le corps et ses douleurs

Marion Coville est chercheuse en sciences humaines et en sociologie, elle est atteinte d'endométriose et ça fait déjà plusieurs années qu'elle "travaille" autour des sujets des menstruations, du genre et des technologies. Dans une série d'articles publiée en septembre, elle développe une analyse riche et précise de la façon dont elle a vécu, découvert, observé sa maladie. Elle a accepté que j'en publie ici un extrait. Vous pouvez retrouver son texte en intégralité sur son carnet et en pdf.

« Face aux médecins, le travail des personnes atteintes d’endométriose consiste notamment à écarter les discours psychologiques et à valoriser les explications biomédicales afin de présenter leurs douleurs comme “somatiques” et non comme “psychologiques”. Et c’est exactement ce que j’ai fait. Prenant conscience du peu d’écoute que j’avais reçue jusqu’ici, j’ai décidé de nommer et de décrire, dans le style le plus clinique possible, ce que je ressentais.

Traduire un corps intime et subjectif
Pour matérialiser mes douleurs, j’ai écrit une liste. Il fallait que je parvienne à nommer les sensations, mais aussi les zones douloureuses. Or, c’est là la difficulté : à la douleur des règles s’ajoutent des douleurs précises ou diffuses, dans des zones du corps que j’étais bien souvent incapable d’identifier, ni même de corréler à l’endométriose. Pendant trois mois, je tiens le carnet de terrain de mon propre corps. Je consulte des sites web sur l’anatomie, j’essaye de comprendre comment ces organes prennent place dans mon corps, pour cibler au mieux les zones douloureuses. L’utérus, les ovaires, mais aussi la vessie, les intestins, l’estomac ou le diaphragme. Je relis en détail les sites et blogs sur l’endométriose et compare leurs descriptions avec les mots que j’ai choisis. Enfin, j’utilise aussi mes pratiques de recherche : ayant l’habitude de consulter des publications scientifiques pour mon doctorat, je fais de même pour l’endométriose. J’épluche des revues comme Women’s Health, Reproductive Sciences, ou Journal of Endometriosis and Pelvic Pain Disorders, à la recherche d’informations sur les protocoles de soin ou encore le rôle de l’alimentation ou de l’alcool dans les douleurs ressenties.
Ces observations prennent la forme d’une liste de sensations ressenties et de leurs conséquences. Par exemple, des crampes utérines pendant les règles, provoquant vomissements, étourdissements et sueurs froides. Des douleurs lombaires et sciatique. Des cystites à l’approche des règles. Des crampes utérines tout le temps, parce que je m’allonge, que je monte des escaliers, que je ris ou parce que ma vessie se vide. Des douleurs pelviennes dès que je marche ou que je m’assois. Ou encore une forte douleur sur l’ovaire droit, qui irradie dans la hanche et paralyse ma jambe. Au final, la liste noircit toute une feuille A4. Pour l’écrire, j’opère une traduction de mon expérience qui, au lieu d’évoquer la souffrance tant physique que psychique, se concentre sur des manifestations somatiques. »

Vous pouvez retrouver son texte en intégralité sur son carnet et en pdf.

Prochains ateliers Maternités


Le Collectif Maternités se réunira à Paris :

- le lundi 12 novembre à 20h30
- le mercredi 21 novembre à 20h30
- le lundi 03 décembre à 20h30

Pour en savoir plus, rendez-vous sur lesflux.fr et pour vous inscrire, envoyez un mail à collectifmaternites@lesflux.fr

Prochains ateliers d'auto-examen


Le prochain atelier d'auto-examen se déroulera à Paris :
- le dimanche 11 novembre de 10h à 14h (Paris 13e)

Revue de presse et agenda

Festival Sang Rancune

Cyclique organise un festival menstruel le 10 novembre à Paris ! Tables rondes, ateliers, flash tattoos, tombola, DJ-set, c'est une journée entière consacrée aux règles et leurs enjeux écologiques, économiques et sociétaux ! Cluny participera à la table ronde sur les nouveaux enjeux des règles. Rendez-vous au Point Éphémère dès 12h.

Qui m'a filé la chlamydia ?

Une enquête ludique sur un sujet sérieux, par Anouk Perry pour Nouvelles Écoutes 
La Newsletter de ma chatte est une initiative féministe pour la réappropriation
des savoirs médicaux sur les cycles menstruels, les règles et la vulve,
co-écrite par Cluny Braun et Britney Fierce. 

Les illustrations de la Newsletter de ma chatte (hors contenu image des articles)
ont été réalisées par Oriane Juster et le design par Émeline Ancel-Pirouelle.

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