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Bonjour à toi,

La semaine dernière, j’ai trouvé un appartement où poser mes affaires et déballer mes cartons. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais en vrai, ça vient clôturer (j’espère) une période bizarre qui durait depuis plusieurs mois. Plusieurs mois à avoir des affaires dans plein d’endroits différents, et jamais celles dont j’avais besoin dans le lieu où j’étais, évidemment. Plusieurs mois avec le contenu de ma bibliothèque dans un box, entre une paire de skis, une couette double et des bottes de pluie. Plusieurs mois sans mon placard à thés, et surtout, sans la sensation d’un chez-soi.

Pour obtenir l’appartement depuis lequel je t’écris actuellement (bonheur sans nom), j’ai rédigé une lettre de motivation. Ce n’était pas obligatoire, mais on m’a dit plusieurs fois que c’était un plus pour un dossier, surtout lorsque celui-ci était bancal (ahem).

Ça m’a mise dans une colère noire.

Ça manque tellement de sens, de demander aux gens de justifier leur désir d’avoir un toit au-dessus de leur tête. Pourtant, j’ai accepté de jouer le jeu, trop dans l’envie et le besoin d’obtenir, après ces mois flous, un bail et des clés.

J’ai donc rédigé ce courrier. Avec mon bagage universitaire, ma maîtrise du français, des codes, des formulations, des salutations, mon ton (mielleux) juste comme il faut. Avec tous les éléments qu’il fallait pour faire pencher la régie de mon côté. J’ai répondu à un exercice de style. J’ai évoqué des odeurs de tarte aux pommes, du basilic sur le balcon, la vue sur les montagnes pendant les pauses quand on travaille depuis la maison, notre sens des responsabilités prouvé par a + b. J’ai rassuré, argumenté, persuadé.

À la fin, j’étais complètement déprimée.

Mais j’ai obtenu l’appartement.

S’il faut composer avec le monde comme il est, alors soit.

Un jour de 2017, j’ai compris dans une prise de conscience assez étourdissante, ce qui réunissait mes deux métiers. C'est, pour l’enseignante de français pour les étranger.e.s et l’animatrice d’ateliers d’écriture, la langue, oui, bien sûr, mais aussi – et surtout – la conviction que cette même langue était un outil de pouvoir, et que ce qui me tenait le plus à cœur, c’était d’aider des gens à maîtriser cet outil-là, à s’en emparer. À la désacraliser pour leur permettre de la modeler à leur guise. À l’apprivoiser pour avoir moins peur de celles et ceux qui la maîtrisent mieux. À l’habiter. C’était d’ailleurs depuis un petit paquet de temps puisque le titre de mon mémoire en 2012 était déjà : Habiter la langue, habiter un pays : l’écriture du dépaysement en atelier (#tournerenrondavecsesobsessions).

Alors plus que jamais, dans cet air de rentrée tardive dans lequel je peux enfin déballer mes affaires, je vais continuer à donner des cours et des ateliers. Je ne demande évidemment aucune lettre de motivation pour s’inscrire. La motivation à écrire, c’est moi qui m’efforce de la donner.

À bientôt,

Amélie

PS : Dans son passionnant essai Chez soi, Une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet reprend une image de l’architecte américain Christopher Alexander : « Si une personne ne dispose pas d’un territoire propre, attendre d’elle qu’elle apporte une contribution à la vie collective revient à « attendre d’un homme qui se noie qu’il en sauve un autre ». Contente de pouvoir reprendre ma contribution à la vie collective, ouf !

PPS : J'ai dans l'idée de lancer prochainement des ateliers d'écriture en ligne et en direct, chacun.e chez soi (trop envie de profiter de mon appartement ;)) mais tou.te.s ensemble. Si ça te parle ou t'intrigue, écris-moi une ligne :)

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Amélie Charcosset · Chemin du Trabandan 39 · Lausanne 1006 · Switzerland

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