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Bonjour à toi,

Cette semaine, j’ai visité la Collection de l’art brut à Lausanne. Je ne suis pas fan de musées, j’y vais souvent en traînant des pieds – non, à vrai dire, plutôt : je n’y vais pas – parce que j’ai besoin qu’on me raconte des histoires pour assimiler les choses et que je trouve parfois les musées un peu « secs ». Mais là, on m’avait tant parlé de cet endroit, quand je disais que je partais m’installer en Suisse, qu’il fallait bien que j’aille y faire un tour.

J’y suis allée, donc. Et je me suis pris une belle et grande claque.

J’ignorais tout de l’art brut, et j’ai immédiatement accroché à la philosophie : des œuvres créées par celles et ceux « à côté », en marge des circuits officiels de l’art. Des celles et des ceux qui ont souvent découvert l’art tard, dans les chaos de la vie. Ça me parle, à moi pour qui faire écrire des personnes qui n’y pensent pas de prime abord est une des raisons pour lesquelles j’anime des ateliers.

J’ai découvert à la Collection des œuvres qui m’ont questionnée, remuée, impressionnée, fait rire, fascinée, absorbée pendant de longues minutes. D’autres, aussi, qui ne m’ont fait aucun effet, et c’est le jeu.

J’ai fait connaissance avec Paul Amar. Enfin, avec son travail, plutôt. Mais aussi avec un bout du personnage, puisqu’on pouvait voir un film de Philippe Lespinasse qui lui était consacré. Paul Amar était un chauffeur de taxi français – j’apprends en t’écrivant cette lettre qu’il est décédé l’année dernière à l’âge de 98 ans – qui un jour, à 55 ans, est entré dans une boutique de souvenirs en coquillages. Niveau « anecdote après laquelle ta vie ne sera plus jamais la même », je trouve qu’on est pas mal. Révélation pour Paul, donc, qui se met, à partir de là, à créer des tableaux en trois dimensions à base de coquillages. Dit comme ça, ça ne fait peut-être pas d'images très précises dans ta tête, alors en voici deux :

 

La petite notice biographique du musée explique : « Il en consomme (des coquillages) d’ailleurs sous toutes les formes, afin de disposer d’un stock suffisant. » J’adore.

Dans le film, l’attachant bonhomme multiplie les anecdotes. Il raconte par exemple qu’il a fait un tableau dans sa chambre et que celui-ci était si grand (plus de trois mètres de large) qu’il était impossible de le sortir de la pièce. Un musée voulait l’exposer, et Amar était en train de voir comment il pouvait démonter la porte ou faire des travaux pour que le tableau puisse partir. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne voulait en aucun cas le récupérer : trop galère. Il parle de ce qui l’inspire, et explique qu’il a « des périodes » : peu de temps avant, les fonds sous-marins, et là, l’art africain. Que quand il tombe dans un de ces gouffres, « ça ne [l]e lâche pas ». Qu’il achète des bouquins pour s’inspirer, qu’il apprend les mots techniques mais qu’il les oublie ensuite, qu’il se souvient les avoir oubliés, et retourne les chercher. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est le baroque. Il adore Michel-Ange, qu’il admire beaucoup et qui lui donne énormément d’idées : « Quand je vois ça, forcément, j’ai envie de faire quelque chose d'un petit peu pareil ».

Il parle donc de son travail, de ses techniques, de ses fiertés, de ce qui le motive et le nourrit. Et puis à un moment, cette phrase : « Oh, moi, je ne suis pas un créateur. » Quelques instants passent où il évoque autre chose, et puis le réalisateur le reprend : « Attends, tu dis que tu n’es pas un créateur… (on sent une forme de perplexité dans sa voix), tu dirais que tu es quoi, alors ? »

« Oh ben je suis un bon ouvrier. J’arrive à fabriquer des choses : ça me demande du temps mais je fais. »

Ça me demande du temps mais je fais.

C’est ça, qui m’a émue, chez Paul Amar. Ce mélange d’humilité, de confiance et de détermination.

Je me suis dit que c’était une phrase à accrocher au-dessus d’un bureau ou à inscrire au début d’un carnet.

Et toi, est-ce qu'il y a une petite phrase qui te suit comme ça ?

À bientôt,

Amélie

PS : dans cette lettre, je ne t’ai parlé que de Paul Amar, mais ce n’est pas son travail qui m’a le plus émue. S’il fallait te parler de quelqu’un d’autre, je choisirais sans doute Magali Herrera, regarde ça. Moi, ça me... WAAAH.

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Amélie Charcosset · Chemin du Trabandan 39 · Lausanne 1006 · Switzerland

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