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Bonjour à toi,

Je viens d’équeuter un kilo de haricots verts, assise à un banc sur la terrasse de la maison qui m’accueille ces jours-ci. Avant de m’installer à la table, j’ai pensé à lancer un podcast, une série ou un cours de la formation que je suis actuellement, bref, à m’occuper la tête en même temps que j’occupais mes mains et puis j’ai renoncé : j’avais envie de m’ennuyer.

Finalement, je n’en ai pas eu le temps. Ma tête a attrapé l’odeur de la lessive qui séchait à côté, a établi une comparaison entre toutes les nuances de vert des plantes autour pour voir avec laquelle les haricots s'accordaient le mieux, a capté les bruissements de la route derrière, a souri aux grands rires des voisins dans leur jardin. Je me suis surprise à me demander pourquoi dans la maison en face la lumière était allumée alors qu’il fait grand jour (et à m’inventer mille histoires pour expliquer cela), à observer de près l’abeille qui me tournait nonchalamment autour et à m’interroger sur ce que signifiait le drapeau suisse – il y en a plusieurs, plantés dans des pots sur la terrasse, souvenir de la fête nationale du 1er août dernier. J’ai aussi eu des idées pour la session intensive de cours de français que je m’apprête à donner dès lundi. J’ai sans doute encore engrangé des choses aussitôt oubliées, mais qui sont là en stoemeling, et qui ressortiront peut-être un jour, en temps voulu. Et puis enfin, j’ai repensé à cet extrait du magnifique livre de John Berger, De A à X, qui est un des plus beaux textes d’amour que j’ai lus de toute ma vie (oui). Aïda y écrit à son compagnon, prisonnier, et chaque lettre me bouleverse de tendresse.

« Les boutons et les haricots ont un point en commun – tu sais quoi ?

Je te donne un indice. Regarde tes mains !

Tu m'as dit que tu scotches à ton mur, juste sous la fenêtre, les dessins de mains que je fais pour toi – de là, elles peuvent voler où bon leur semble, tu m'as dit.

Ces mains veulent te toucher, elles veulent t'aider à tourner ta tête quand tu regardes ailleurs, elles veulent te faire rire. Et si les bébés, à la naissance, riaient au lieu de pleurer ? Étrange question – nous savons bien que ce ne serait plus si la vie si on y venait en riant.

Dans ma vie pourtant mes mains veulent te faire rire. Regarde tes pouces ! Ce sont eux qui font le lien entre les boutons et les haricots : que tu écosses des haricots ou que tu défasses un bouton, tes pouces font quasiment le même geste ! »

Cette idée que des actions simples de la vie quotidienne peuvent me ramener à un livre, à une chanson, à un film, me rend joyeuse : nous sommes tous et toutes plein.e.s d’histoires à raconter – qui l’ont peut-être déjà été, mais pas avec nos voix, elles ont donc l’espace et le droit d’être, d’exister à nouveau.

Du coup, je suis retournée lire quelques passages des lettres d’Aïda, et j’ai eu envie d’en partager un deuxième extrait (j’ai eu du mal à choisir) :

« Vendredi dernier, il a fait terriblement chaud. Plus de 40 degrés. On buvait de l'eau toutes les demi-heures, et le soir venu, le ciel était devenu métallique, nous attendions l'orage. Il nous a pris par surprise. Quand on attend quelque chose, on n'est pas nécessairement moins surpris quand ça arrive. C'était comme si tout ce qui existait au monde était devenu pluie.

J'étais encore à la pharmacie, le bruit sur le toit était assourdissant. Le bruit d'une pluie très lourde ressemble au bruit du feu, m'as-tu dit un jour, tandis que nous traversions le pont Omar.

Je suis allée à la porte pour regarder le terrain vague. De la pluie jaune rebondissait du sol et de la pluie grise ruisselait du ciel. Tout était pluie.

Et j'ai eu irrépressiblement envie de me faire arroser par cette pluie, car elle était incommensurable. Tous les jours, nous vivons avec l'incommensurable, sous une forme ou une autre, non ? Je pensais à toi, alors j'ai fait ce que je voulais. Je suis sortie sous le déluge en refermant la porte derrière moi.

Ça n'avait rien à voir avec prendre une douche, mi Soplete, c'était instantané. L'eau m'a enveloppée et m'a coupé le souffle en même temps. Aucune partie de moi n'était épargnée. J'ai probablement poussé un cri. Je suis restée là, heureuse et sans limites, comme à bord du CAP 10B. »

Vivement le prochain orage, et la prochaine danse sous la pluie.

Et toi, qu’est-ce qui se tisse quand tu t’ennuies ?

À bientôt,

Amélie

PS : si tu penses que les lettres d'Aïda seraient à même de réchauffer le cœur de quelqu'un qui en a besoin, envoie-lui ce mail, et partageons la poésie.
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Amélie Charcosset · Chemin du Trabandan 39 · Lausanne 1006 · Switzerland

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