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Bonjour à toi,
 
Comme promis, une newsletter qui commence exactement comme la dernière mais qui raconte tout autre chose. #contrainte #créativité
 
Ces dernières semaines, j’ai été beaucoup sur les routes. Le Cap Ferret, la Normandie, La Rochelle, Paris, et je suis rentrée hier de ma chère Bruxelles… Quand il y a un an et demi, j’avais annoncé à mes ami·e·s que je partais m’installer en Suisse, ils et elles étaient très étonné·e·s (comme quand je leur avais dit, quelques années plus tôt, que je partais habiter au Kirghizstan, mais peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons). Autant vous dire qu’à chaque fois que je les recroise dans toutes ces vadrouilles, ils et elles me demandent avec de grands yeux : « Comment ça va, en Suisse ?!! »
 

La première chose qui me vient, c’est : le cadre. J’ai envie de leur parler du fait que c’est SI BEAU, que j’habite au bord d’une rivière, à quinze minutes d’un lac, que j’ai des vues folles sur les montagnes à chaque virage, et que je peux m’y rendre en un presque rien de temps, que si j’ai la flemme, il reste les vignes dans la lumière rasante du soir. Et le cadre, c’est ce qui m’a fait venir ici (raccourci éhonté, c’est un garçon qui venait pour le cadre qui m’a fait venir ici).
 
Après, je parle des rencontres, de ma géniale coopérative d’entrepreneur·e·s, de mon fabuleux atelier d’artistes, des projets auxquels je me raccroche… Mais le cadre, oui, je crois, ça donne de la valeur à ce qu’il y a à l’intérieur.
 
C’est la même chose en atelier d'écriture. Pendant longtemps, je n’assumais pas de ne pas faire de retours détaillés sur les textes des participant·e·s. Je préfère des échanges sur les procédés d’écriture, ce que ça fait à chacun·e d’utiliser telle ou telle technique, ce que ça provoque, comment c’était d’écrire ça. Bien sûr souligner une image, pointer une expression, poser une question, ça oui, mais je ne dissèque pas les textes, je ne commente pas leur structure ni la profondeur des personnages. Quand on écrit 15, 20 minutes, il n’y a, pour moi, pas vraiment matière à ça. Et puis je n’anime pas des ateliers dit « littéraires », j’anime des ateliers de laboratoire et de terrain de jeux.
 
Alors tout ce temps-là, j’ai eu l’impression que j’étais une animatrice en carton. Une fausse. Une qui faisait illusion. Quand j’avais de nouveaux·elles participant·e·s, je stressais au moment des lectures parce que je me disais qu’ils et elles allaient se rendre compte que j’étais une gigantesque impostrice qui ne parlait pas des textes, qu’ils et elles allaient se lever d’un bond, se mettre à hurler, partir en claquant la porte et raconter au monde entier à quel point mes ateliers étaient tout pourris (#dramaqueen) (ça n’est jamais arrivé). Je voyais que les auteurs de l’OuLiPo, avec qui j’ai suivi beaucoup d’ateliers, ne faisaient pas non plus de retours, mais ça ne me rassurait pas pour autant : j’avais quand même l’impression de louper un truc.
 
Et puis un jour, j’en ai parlé avec ma coloc de l’époque, Milady Renoir, qui anime aussi des ateliers (les Belges qui me lisent, allez-y !). Elle m’avait dit : « Mais ça, il faut que tu le poses dans ton cadre ». C’était une phrase toute simple, et pourtant, elle m’a fait avancer profondément dans ma pratique d’animatrice (merci Mil' !).

Je me suis donc mise à prendre un peu plus de temps en début d’atelier pour énoncer d’où je parlais et dire quelques mots sur ma façon de procéder. Avant, j’avais l’impression que c’était du blabla inutile : après tout, on était là pour écrire, non ? Je me rends compte aujourd’hui que le cadre est ce qui permet à chacun·e d’aller plus loin ensuite pendant l’atelier. Qu’en savoir un peu sur le déroulement des heures ensemble n’empêche pas la joyeuse surprise de ce qui s’y passe. Que donner des « règles », des principes, des directions, ne ferme pas, mais ouvre au contraire un espace d’action et l’occasion de les détourner pour mieux se les approprier. Que le cadre soulage car il dessine des contours, entre lesquels on peut naviguer comme on veut.

Poser le cadre m'a permis au moins trois choses :
  • Voir ce qui était important pour moi dans un atelier : que les gens écrivent, et dès lors, que la proposition peut être détournée à l’envi, tant qu’elle met en écriture.
  • Me rendre compte que les gens qui venaient avec moi en atelier aimaient ces temps plutôt resserrés d’écriture, le fait qu’on écrive des textes indépendants les uns des autres, et cette façon d’ouvrir les mannes de la créativité.
  • Assumer que je réserve les retours à des accompagnements individuels, quand la confiance est tissée avec l’autre, que le texte a un objectif précis qui dépasse l’expérimentation.

Voilà, donc, pour répondre à mes angoisses d'illégitimité comme à la question de mes ami·e·s : le cadre, oui, et tout ce que ça permet de vivre aussi !

À bientôt,
Amélie
Fuyant la critique, huile sur toile de Pere Borrell del Caso, Madrid, 1874.

Et puis quoi encore ?

 

Utopies & dystopies : 2 ateliers d'écriture en mai et juin

« U-topie » : en aucun lieu. Pour moi qui m’intéresse beaucoup aux espaces, aux territoires, et à ce qu’ils représentent pour nous, le mot même est déjà un défi. L’utopie est la description d’une société idéale. Sans injustice ? Sans argent ? Sans métros bondés ? Sans sucres raffinés ? Tout peut être inventé, tant que c’est parfait. La dystopie, quant à elle, est une utopie qui tourne mal… Un moment où ça accroche, où ça hésite, où ça se retourne, et nous voilà projeté·e·s de l’autre côté, là où on n’avait pas prévu, où ça se casse la figure, où ça devient franchement craignos.

Le temps de deux ateliers (indépendants l’un de l’autre), nous explorerons en mots ces idées et d’autres liées, et nous nous attarderons sur le point de bascule entre utopie et dystopie. Langues imaginaires, essentiels nécessaires, règles choisies ou imposées… Dans un quotidien chahuté qui laisse entrevoir un futur un peu… bof ( ?), nous brasserons de la matière à réfléchir, rêver, inventer, partager, scénariser, poétiser !

Pas besoin de lire de la science-fiction pour venir, et nul autre pré-requis nécessaire, sinon l’envie !



15 mai et/ou 19 juin, 18h30-21h30, à L-Imprimerie, Lausanne.
70.- pour un premier atelier, 60.- si tu es déjà venu·e.
Toutes les infos ici.

Chouette, je m'inscris !

Aperti : les ateliers d'artistes sont ouverts !

- Les 18 et 19 mai, c'est Aperti : les ateliers d'artistes de la région lausannoise sont ouverts au public. Venez visiter L-imprimerie, découvrir le travail de mes collègues et quelques poèmes !
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Si tu as envie d'en lire plus, les archives sont par ici.

Photo : Nirine Arnold
Mais au fait,
qui est-ce qui écrit ?


Je m’appelle Amélie, et mon but, c’est de donner aux gens des outils pour qu’ils s’approprient la langue à leur manière.

Je fais ça principalement en animant des ateliers d’écriture créative pour toutes et tous et en enseignant le français comme langue étrangère.

Envie d'en savoir plus ? www.ameliecharcosset.com




 

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Amélie Charcosset · Chemin du Trabandan 39 · Lausanne 1006 · Switzerland

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