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Les lettres "Women who do stuff" apparaissent un peu tordues, en 3D, blanches, sur des plots carrés et gris-noirs
 
Un peu comme la météo en ce début de printemps, notre moral ne cesse d’osciller entre profond désarroi, colère et vague d’espoir. Si le féminisme peut être un combat épuisant, il est aussi une gigantesque source de joie. C’est avant tout l’objectif de cette newsletter, apporter un peu de joie, montrer ce que font les unes et les autres aux quatre coins du globe et vous permettre de découvrir ces femmes formidables qui pavent la route de nos luttes. 
Bonne lecture !

 
 

Youn Yuh-Jung

 

Si les États-Unis et l’Europe ont découvert Youn Yuh-Jung grâce à son rôle dans Minari (réalisé par Lee Isaac Chung), Youn Yuh-Jung a pourtant une carrière qui s’étale sur plus de cinquante ans. Née à Kaesong en Corée du Sud en juin 1947, elle est remarquée dans le film Woman of Fire (Kim Ki-young, 1971). Rapidement considérée comme l’étoile montante du cinéma sud-coréen, Youn enchaîne les films et séries avant de mettre sa carrière en pause pour s’occuper de sa famille. Elle revient sur les écrans dans les années 90 et incarne des personnages devenus cultes en Corée du Sud. Dans Minari, elle incarne une grand-mère qui voyage de Corée du Sud aux États-Unis pour venir s’occuper de ses petits-enfants pendant que leurs parents travaillent. Confrontée au rejet de son petit-fils, on la voit mettre en place des stratagèmes pour se rapprocher de lui et développer leur complicité.
Ce rôle lui vaut d’être reconnue sur la scène internationale : elle est la première actrice sud-coréenne à remporter l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle (et la deuxième femme asiatique), de même pour les Screen Actors Guild Awards et les BAFTA. Youn Yuh-Jung s’amuse de cette soudaine célébrité en dehors de la Corée du Sud ; à 73 ans, elle en a vu d’autres et découvre avec joie les rituels accompagnant la saison des remises de prix.


Crédit photo : Peter Ash Lee pour le NYT

À Liège, en Belgique, Sophie et Margaux ont décidé de se lancer et d’ouvrir une boutique de vêtements INCLUSIVE : chez Singulières, les vêtements vont du 30 au 64 ! On peut essayer sans craindre d’être jugée de la tête aux pieds. Ce projet est une petite révolution dans le domaine de la mode, car rares sont les boutiques qui dépassent le 44, et encore plus sont celles qui proposent absolument toutes les tailles.

Pour financer ce projet, Sophie et Margaux ont lancé une campagne Kisskissbankbank, on vous invite à les soutenir !
 

Gwendolyn Brooks

 
Première Afro-américaine à remporter le prix Pulitzer de littérature en 1950, Gwendolyn Brooks a révolutionné la poésie américaine. Née en 1917 à Topeka, Kansas, Brooks a grandi à Chicago, ville qui lui a inspiré de nombreux poèmes. Prodige de la littérature, elle a écrit et publié plus de 75 poèmes avant ses 16 ans, développé sa technique et trouvé sa voix en participant à de nombreux ateliers de poésie et en ne cessant de soumettre des poèmes à des revues.
Le recueil Annie Allen (1949), qui lui vaut de remporter le Prix Pulitzer de littérature, est un hommage aux Afro-Américains pauvres qui travaillent sans relâche dans les grandes villes américaines. Parfois considérée comme une “poète documentariste”, Gwendolyne Brooks se décrit comme une artiste folk. Ses inspirations vont des sonnets de Shakespeare au rythmes du blues ; elle donne vie aux personnages de ses poèmes. Comme elle le disait, “je veux écrire des poèmes sans concession. Je ne veux pas sacrifier un sujet au nom de la beauté et des mots qui vont bien ensemble, ça a toujours été ma préoccupation. Je veux écrire des poèmes qui ont du sens, des mots qui vont toucher.”
 
Crédit photo : Getty Images
 

Nida-Errahmen Ajmi (Nidonite)

 

Nida-Errahmen Ajmi, alias Nidonite (contraction de son prénom et de “dynamite”), est une illustratrice suisse de 25 ans, diplômée en Sciences de l’information et de la communication et en Ethnologie, membre de l’armée et engagée auprès d’associations, notamment sur le sujet de la santé mentale des jeunes. Mais ce n’est pas pour son CV, pourtant déjà long comme le bras et jalonné de nombreux succès, qu’elle a récemment attiré l’attention sur internet : elle est aussi musulmane, voilée, et motarde.
Le 14 avril dernier, elle poste une vidéo sur TikTok où on la voit habillée d’une combinaison en cuir en train d’enlever son L d’apprentie (l’équivalent du A français) sur sa moto. Aussitôt, les habituels misogynes qui peuplent malheureusement internet se sont déchaînés, lui reprochant notamment d’être une mauvaise musulmane car la combinaison laissait voir la forme de ses jambes. La jeune femme s’est empressée de répondre aux haters avec son intelligence et son humour habituels. Comme elle l’a confié au Bondy Blog, “je sais que je dérange, mais je veux te déranger en fait.”

 

Crédit photo : instagram.com/toz_woman

At the seaside est un autoportrait de Romaine Brooks peint en 1914. 
 
 

Rebeca Lane


Rebeca Eunice Vargas Tamayac, plus connue sous le nom de Rebeca Lane, est une rappeuse et poétesse guatémaltèque. Née à Guatemala le 6 décembre 1984, pendant la guerre civile qui oppose entre 1960 et 1996 la junte militaire au pouvoir à divers groupes rebelles de gauche (notamment des peuples mayas et des paysans), Rebeca est marquée par ces années de conflit. Dès l’adolescence, elle décide de monter un collectif pour honorer la mémoire des personnes kidnappées et assassinées par le pouvoir militaire, leur redonner un nom et une histoire. C’est ce travail de mémoire qui éveillera sa conscience féministe et artistique.
En 2012, elle devient une membre du collectif hip-hop Last Dose et commence à enregistrer son premier EP, Canto. Elle fondera ensuite le groupe Somos Guerreras avec les artistes Nakury (Costa Rica) et Audry Funk (Mexique). Ensemble, elles distribuent punchlines féministes et textes décrivant la réalité des femmes en Amérique centrale et du Sud. Elles veulent montrer qu’être une femme dans le hip-hop est possible : « « Avec Somos Guerreras, on a voulu faire le lien entre les pratiques féministes et le hip-hop en disant “on ne devrait pas se battre pour cette part du gâteau, on peut travailler ensemble et même avoir notre propre gâteau !” » (extrait d’une interview donnée au site Madame Rap).
En parallèle de sa carrière artistique, Rebeca Lane est diplômée en sociologie et a publié de nombreux textes, notamment sur la jeunesse et le rôle de l’éducation comme outil de reproduction des inégalités sociales. 



Crédit photo : Gentileza de prensa
Le 4 avril, la mannequin et influenceuse Rawdah Mohamed poste un selfie avec écrit sur sa main « Hands off my hijab ». Le slogan, repris sur les réseaux sociaux, est utilisé pour protester contre les récents amendements au projet de loi contre le séparatisme en France, qui vise tout particulièrement les femmes qui portent le voile.

La loi souhaite interdire le port du hijab aux mineures dans l’espace public, dans les compétitions sportives, en plus de l’interdiction qui touche déjà les accompagnantes de sorties scolaires. #PasToucheAMonHijab est une façon pour les personnes concernées de se réapproprier le débat, de se faire entendre et de reprendre le contrôle de leur image.
 

Mary Philip

 

Mary est une footballeuse britannique. Versatile, elle a opéré en tant que défenseuse et milieu de terrain notamment pour l'équipe nationale d’Angleterre. Elle était d’ailleurs capitaine lorsque son pays a battu la France pendant la Coupe du monde de 2006 en Chine.
Née dans le sud de Londres, Mary commence sa carrière professionnelle à 12 ans. Elle fait face très jeune aux habituels commentaires affirmant que le foot n’est pas fait pour les filles. Mary explique que cela a nourri son ambition plus qu’autre chose, puisqu’elle voulait montrer à ses détracteurs qu’elle pouvait aller loin. Et effectivement, elle ira loin : sélectionnée à 18 ans pour jouer la coupe d’Angleterre de 1995 pendant laquelle elle sera capitaine, elle devient la premiere femme noire capitaine d’équipe en Angleterre, et la première capitaine noire tout court. Mais ce n’est pas tout puisque Mary Philip est, depuis 2019, la première femme à manager une équipe de foot masculine en Grande-Bretagne : elle est à la tête du club Peckham Town, le quartier au sud de Londres où elle a vu le jour. Malgré sa carrière brillante et le succès que rencontre Peckham Town depuis qu’elle est à sa tête, Mary continue à ne pas être prise au sérieux par certains membres des équipes adverses, qui préfèrent s'adresser à n'importe quel homme plutôt qu'à elle. Mais elle a le soutien et l’appui des membres de son équipe qui ont tous beaucoup à apprendre d’elle.


Crédit photo : David Bauckham 



Women Who Do Stuff, newsletter et revue féministe. Association loi 1901.



Cette newsletter est écrite/éditée/aimée par Émeline, Marion, Lisa, Pauline, Mélissa et Mathilde.
Si vous voulez nous dire bonjour, faire part de vos remarques et suggestions ou carrément nous féliciter : womenwhodostuff@gmail.com



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