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Les lettres "Women who do stuff" apparaissent un peu tordues, en 3D, blanches, sur des plots carrés et gris-noirs
 
C’est la rentrée ! Face aux incertitudes liées à la situation sanitaire, le plus sûr reste encore de passer ses week-ends enroulé·e·s dans un plaid (si le réchauffement climatique nous le permet) avec un bon roman. Vous trouverez de quoi faire dans cette newsletter qui s’attarde sur quelques unes des voix marquantes et politiques de la rentrée littéraire. Chacun de ces romans, chacun·e de ces auteurices ouvrent des perspectives passionnantes et proposent de porter un regard lucide sur le monde qui nous entoure.
Bonne rentrée !

 
Portrait d'une jeune personne noire au crane rasé presqu'a zéro. Ses yeux sont sombre et malicieux. Elle fixe l'objectif avec un léger sourire. Elle porte des lunettes rondes, une chemise boutonnée grise et un blaser en cuir. Elle se tient devant une fresque colorée : on devine des formes geometriques orange, rouge, rose, bleues, vertes et noires.
 

Rivers Solomon

 

Rivers Solomon est un·e auteurice (iel se définit comme trans et non-binaire) américain·e, né·e en 1989 en Californie. Dès son plus jeune âge, Rivers se passionne pour la lecture et pour l'observation méticuleuse des injustices sociales dans les nombreux quartiers où iel réside. À l'âge de 18 ans, sa petite amie lui offre les œuvres de science-fiction très politiques d'Ursula Le Guin et d'Octavia Butler. Cette découverte marquante et son expérience de la culture queer et underground de New York l'inspirent et lui donnent envie d'écrire. Iel publie une première œuvre percutante, L'incivilité des fantômes (parue en français aux éditions Aux forges de Vulcain, traduite par Francis Guévremont) qui, à travers l'histoire d'un vaisseau spatial, explore l'histoire du Sud esclavagiste et tisse une ode à ses personnages trans, queer et féministes. 
Son deuxième roman, Les abysses est inspiré d'une chanson du groupe de hip hop Clipping et raconte l'histoire d'un peuple marin né du meurtre barbare des femmes esclaves africaines jetées par-dessus bord des navires pendant le commerce triangulaire. Une réflexion profonde et politique sur la mémoire, individuelle et collective.
Les Abysses, paru aux éditions des Forges de Vulcain, traduit par Francis Guévremont


Crédit photo : Wasi Daniju


5 romans à lire à tout prix

Betty de Tiffany McDaniel (éditions Gallmeister, traduction François Happe)
Un roman d’initiation féroce, déchirant et passionnant sur fond de légendes cherokees. Tiffany McDaniel explore le racisme et le sexisme dont est victime son héroïne et le trauma qui se passe, dans sa famille, de génération en génération.

Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo (éditions du Globe, traduction Françoise Adelstain)
Les récits croisés de onze femmes noires et d’une personne non-binaire de tous les âges et de toutes les générations. Un roman passionnant sur de grands enjeux contemporains (représentation, récupération du féminisme, capitalisme…).

Mauvaises herbes de Dima Abhallah (éditions Sabine Wespieser)
Le premier roman de Dima Abdallah est un dialogue superbement écrit entre un père et sa fille, entre Beyrouth et Paris, entre le début des années 80 et aujourd’hui.

Les orageuses de Marcia Burnier (éditions Cambourakis)
Dans son premier roman, Marcia Burnier nous parle de sororité en racontant l’histoire d’une bande de filles qui décident de se venger des violences qu’elles ont subies de la part des hommes. Un court récit plein de force et de tendresse.

Saturne de Sarah Chiche (éditions Seuil)
Le récit percutant et poétique d’un deuil impossible : celui d’une fille qui n’a jamais connu son père. Sarah Chiche ausculte les méandres de la dépression et toutes les manières dont on peut renaître plusieurs fois dans une même vie. 

 
Portrait d'une jeune femme mince. Ses cheveux sont bruns et mi-long, legerement ondulés vers les pointes. Elle regarde l'objectif avec une expression neutre. Ses yeux sont sombre, elle a un grain de beauté a coté du nez. Elle porte une discrete paire de boucles d'oreilles de forme ronde. Elle porte un haut sans manche brun. Elle se tient dans l'encadrure d'une porte donnant sur l'exterieur.
 

Ottessa Moshfegh


Ottessa Moshfegh est née en 1981 d'une mère croate et d'un père iranien. Élevée dans une famille de musiciens, elle s'intéresse d'abord à la musique avant de se consacrer à l'écriture et à ses études dans les très prestigieuses universités de Columbia et de Brown. Après avoir publié des articles dans le New Yorker et dans Paris Review, elle publie son premier roman Eileen (paru aux éditions Fayard, traduit par Françoise du Sorbier) en 2015. Il pose les bases d'un univers étrange et dérangeant qu'elle développe dans chacun de ses écrits et qui lui vaut de remporter le Hemingway Foundation/PEN Award. À la rentrée 2019, Fayard publie Mon année de repos et de détente, une cartographie cynique, drôle et perturbante de l'ennui et un portrait saisissant d'une jeunesse privilégiée à travers l’itinéraire d’une jeune femme qui décide de dormir pendant un an. 
À la rentrée 2020, Fayard publie son recueil de nouvelles Nostalgie d'un autre monde, dans lequel l'autrice analyse avec encore plus de minutie les déviances et bizarreries de ses protagonistes. Et de ses contemporain·es.
Nostalgie d'un autre monde, paru aux éditions Fayard, traduit par Clément Baude.


Crédit photo : Jake Belcher

Portrait d'une personne a l'air tres jeune, blonde. Ses cheveux sont mi-long, ils sont coupés au-dessus des epaules. La personne a la tete legerement baissée, elle semble fixer quelque chose au sol. Ses yeux sont bleus tres clair, son expression est neutre. Iel porte une chemise blanche au col Mao avec par-dessus un gilet bleu marine. Iel se tient devant un fond gris sombre.
 

Marieke Lucas Rijneveld

 

Marieke Lucas Rijneveld naît en 1991 dans une famille protestante très stricte qui s’occupe d’une ferme laitière. Alors qu’iel n’a que trois ans, son frère est renversé par le bus qui l’emmène chaque matin à l’école. Il meurt sur le coup. Ce deuil impossible pèse sur la famille de Marieke Lucas et les liens entre ses membres se délitent au fil des mois. À dix-neuf ans, iel quitte la ferme pour poursuivre des études à l’université d’Utrecht. La découverte de l’œuvre complexe du néerlandais Jan Wolkers est une révélation. 
Iel écrit d’abord le recueil de poésie Kalfsvlies avant d’entamer son premier roman, Qui sème le vent qu’iel passe six ans à écrire et qui sort aux Pays-Bas en 2018. Un roman d’apprentissage cruel et magistralement écrit sur l’histoire d’une jeune fille qui perd son frère et le deuil qui s’en suit au sein de la ferme familiale. L’auteurice y traite de l’éveil sexuel, de l’apprentissage de la mort, de la réflexion sur le genre, du silence, des tabous et d’autres thèmes dérangeants (l’inceste) avec une force et une acuité rare. Le roman est devenu un best seller aux Pays-Bas et a obtenu cette année le prestigieux International Booker Prize. Une pluie de records pour ce prix qui récompensait pour la première fois un roman néerlandais, un·e auteurice non-binaire et un premier roman.
Qui sème le vent de Marieke Lucas Rijneveld, paru aux éditions Buchet/Chastel traduit par Daniel Cunin

 

Crédit photo : Jouk Oosterhof Klein
Portrait d'une femme mince qui porte un col-roulé noir. Elle se tient a l'exterieur, devant ce qui semble etre une structure en tuiles metalliques. Ses cheveux sont tres courts et bouclés, elle sourit legerement alors que ses yeux bruns fixent un point a gauche de l'objectif.
 

Alice Zeniter

 

Née en Basse-Normandie en 1986 d'un père d'origine algérienne et d'une mère française, Alice Zeniter commence à publier alors qu'elle n'a que seize ans. En parallèle, elle suit des études à l'Ecole Normale Supérieure et prend des cours de théâtre. Elle publie une abondante œuvre littéraire et théâtrale dans laquelle elle s'intéresse à de grands événements historiques et aux enjeux politiques contemporains. C'est le cas notamment de Sombre dimanche, qui obtient le prix Inter en 2013 (paru aux éditions Albin Michel) et raconte une histoire de la Hongrie et de L'art de perdre (paru aux éditions Flammarion en 2017) qui explore la guerre d'Algérie du côté des harkis et a obtenu de nombreux prix dont le Goncourt des lycéens.
Son dernier roman, Comme un empire dans un empire est une réflexion profonde sur l'engagement, à travers les destins croisés d'une hackeuse et d'un assistant parlementaire en passant par le mouvement des Gilets Jaunes. Est-il possible de faire changer le système en l'infiltrant "de l'intérieur" ? Elle y raconte aussi les violences patriarcales, en ligne et IRL. L'un des romans les plus brillants et les plus politiques de cette rentrée.
Comme un empire dans un empire, paru aux éditions Flammarion


Crédit photo : Astrid di Crollalanza © Flammarion


3 essais à découvrir

La puissance des mères de Fatima Ouassak (éditions la Découverte)
Fatima Ouassak, cofondatrice du Front de mère, propose un essai politique et passionnant qui raconte le combat des mères des quartiers populaires. Elle ouvre des perspectives sur une politisation de leurs combats et une réappropriation des enjeux écologistes et éducatifs.

Je vais m’arranger de Marina Carlos illustré par Freaks (disponible sur son site)
Un petit ouvrage illustré très éclairant et pédagogique sur le validisme. Marina Carlos fait le point sur la représentation médiatique du handicap, sur la manière dont les politiques s’en emparent (mal) et sur toutes les façons d’améliorer la situation.

She said de Megan Twohey et Jodi Kantor (éditions Alisio, traduction Danielle Lafarge)
Les deux journalistes qui ont mené l’enquête sur Harvey Weinstein pour le New York Times dévoilent la manière dont elles ont travaillé et les difficultés qu’elles ont rencontré pour que la parole se libère dans le monde du cinéma. Elles replacent aussi l’affaire dans le contexte plus large du mouvement #metoo. Passionnant. 

 
Jeune femme aux cheveux tres courts et bruns, de profil. Elle fait mine de souffler sur sa main en forme de pistolert. Elle porte des boucles d'oreilles et une chemise boutonnées jusqu'au col avec des motifs geometriques.
 

Rita Indiana

 

Rita Indiana grandit à Saint-Domingue en République dominicaine. Passionnée par la lecture dès son plus jeune âge, elle est marquée par Tom Sawyer de Mark Twain. Après un court passage par un cursus d'histoire de l'art à l'université puis par une école de design, elle décide très rapidement d'abandonner ses études pour se consacrer à l'écriture. Elle publie son premier roman La estrategia de Chochueca en 2003 qui est tout de suite remarqué pour son usage fascinant de la langue qui mêle poésie et argot dominicain.
En marge de sa carrière d'autrice, elle se lance dans la musique au sein du groupe Rita Indiana y Los Misterios. Une exploration de la musique dominicaine populaire avec une forte portée politique. En 2020, les éditions Rue de l'échiquier publient son roman Les Tentacules, qui traite aussi bien d'écologie que de transidentité, de mémoire et de colonisation. Elle fait partie de cette génération d'autrices qui s'emparent de la science fiction pour en faire un passionnant terrain de réflexion politique. Elle est aujourd'hui une icône dans les milieux LGBTIQ+ caribéens.
Les tentacules de Rita Indiana, paru aux éditions Rue de l’Échiquier traduit par François-Michel Durazzo


Crédit photo : Eduardo Martínez



Women Who Do Stuff, newsletter et revue féministe. Association loi 1901.



Cette newsletter est écrite/éditée/aimée par Émeline, Marion, Lisa, Pauline, Mélissa et Mathilde.
Si vous voulez nous dire bonjour, faire part de vos remarques et suggestions ou carrément nous féliciter : womenwhodostuff@gmail.com



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